L’annonce de l’arrivée future d’un enfant au sein d’un couple, d’une famille est l’annonce de chamboulement.
Sur la base de lectures, nous vous invitons à vous interroger sur l’accueil de l’enfant.
Sylvie et André Renaud, « l’accueil d’un enfant différent », Présence, décembre 1996, Saint-Dié-des-Vosges
Il y a 5 ans ½ naissait Agnès. C’est une petite fille avec une trisomie 21 (T.21). Pour l’accueillir, nous avons eu la chance d’être très entourés.
Après le choc de l’annonce du diagnostic, à la maternité, nous avons très vite décidé de faire le maximum pour elle.
Dès la naissance, quelques visites très chaleureuses ont comblé l’impression de solitude :
– cette amie, qui, avec la communion, est venue pour partager un temps de prière : comme cela fut important !
– ces deux mamans d’enfant porteur d’une T.21 qui nous accompagnent vers l’engagement de la prise en charge précoce de la trisomie.
– cette infirmière qui, massant Agnès, nous a aidés à établir un lien durable parents/enfant.
– cette sage-femme qui, par sa présence attentive et son écoute, a été d’une grand réconfort.
– nos familles, toujours présentes, ouvertes et partantes pour nous aider et nous soutenir.
– ces amis qui nous ont dit : « Nous sommes là !» et que nous avons toujours trouvés sur notre route.
Par la suite, les spécialistes qui suivent notre fille nous ont appris à connaître la différence de notre enfant, nous ont guidés et rendus responsables de l’avenir d’Agnès.Aujourd’hui nous pouvons témoigner combien il est important pour chacun d’être capable de regarder tous ces enfants différents comme des enfants. Eux aussi ont quelque chose à nous dire de l’amour de Dieu.
En ces temps de Noël, temps d’espérance, temps de partage, osons dire « oui » à l’accueil d’une enfant différent.
Elisabeth Badinter, Le conflit : la femme et la mère, 2010, Flammarion, p. 210-215
L’intériorisation (excessive ?) de la mère idéale
A lire les nombreux témoignages des femmes sans enfant et les nombreuses enquêtes dont on dispose aujourd’hui sur elles, on est frappé de constater à quel point elles semblent adhérer au modèle de la mère parfaite, telle qu’on l’a décrite plus haut : mère conventionnelle qui veille sans répit sur son enfant sept jours sur sept et trois cent soixante-cinq jours par an.
A leurs yeux, on ne peut pas prétendre être une bonne mère et poursuivre en même temps des engagements personnels. […] Ainsi en témoigne Emilie Devienne dans un livre par ailleurs fort lucide sur le choix de ne pas avoir d’enfant. Se référant à Edwige Antier et à Claire Brisset, alors Défenseure des enfants, Emilie Devienne fustige les mères trop pressées qui ne respectent pas « le temps de l’enfant », celles qui le mettent trop tôt à la crèche (avant deux ou trois ans) ou trop tôt à l’école, bref, toutes celles qui brûlent les étapes pour se décharger de leurs tâches maternelles. « Il faut se montrer lucide, dit-elle, et savoir si, jusqu’à son dernier souffle, on aimera s’inscrire dans cette logique d’accompagnement qui dans l’idéal se veut indéfectible et inconditionnel. » Pour elle, la maternité (ou la paternité) ne doit pas être l’effet « d’une pulsion d’amour, ni une expérience, ni une philosophie de la vie. C’est d’abord et avant tout un devoir que l’on s’impose en toute liberté et dont les répercussions dépassent largement le cercle privé. Soit on assume, soit on s’abstient. »
S’inscrivant dans la logique du tout ou rien, tout en ayant une haute idée des devoirs maternels, ces femmes passent sous silence les plaisirs et bénéfices de la maternité. Elles n’en voient que les aspects sombres, contraignants et sacrificiels. Les unes disent leur dégoût des aspects physiques de la maternité, de la grossesse et de l’accouchement, mais aussi des soins à donner à l’enfant. D’autres avouent que l’idée de s’occuper à plein temps d’un bébé les déprime : « C’est comme vivre toute la journée, et tous les jours, en compagnie exclusive d’un incontinent, mentalement déficient. » […]
Thomas d’Ansembourg, Qui fuis-je ? Où cours-tu ? A quoi servons-nous ? Vers l’intériorité citoyenne, 2008, les Editions de l’Homme, p. 132-133
La dualité et la pensée binaire
La dualité, ou la pensée binaire, est à mes yeux le mécanisme le plus subtil de la violence ordinaire : cette violence qui résulte de l’habitude qu’a notre esprit de cloisonner et de diviser au lieu de rassembler et d’unifier. La pensée complémentaire, elle, laisse cohabiter les propositions apparemment contradictoires pour qu’elles aient la possibilité de s’ajuster en créant une troisième voie. Cette démarche, bien que pas nécessairement confortable, est souvent l’occasion d’une éclosion de créativité. […]
Notre intelligence cartésienne fonctionne beaucoup par tiroirs qui s’excluent mutuellement : c’est soit ceci, soit cela ! Il faut donc un peu de vigilance pour penser : et ceci, et cela !Mais cet effort est très vite récompensé, d’abord par le bien-être qui se dégage immédiatement de cette conscience où les choses ne sont plus mises en opposition mais en cohabitation, et ensuite par le plaisir qu’il y a à voir apparaître des solutions parfois bien inattendues dues à la combinaison, l’alternance ou la synergie entre les propositions qui peu avant s’opposaient. […]Thomas d’Ansembourg donne des exemples concrets d’histoires de personnes qu’il a suivies en cabinet médical ainsi que des pistes sur les moyens de parvenir à trouver cette troisième voie (notamment : ralentir le rythme de vie, prendre du recul, pour pouvoir se recentrer intérieurement).
Pour aller plus loin, le dernier numéro de Grandir Autrement n°57 sur le thème « femme, mère, résoudre le conflit », extrêmement riche, propose des solutions concrètes (travailler chez soi, avec ses enfants, prendre un congé parental, faire le choix d’être mère au foyer, assumer études et maternité, un portrait de mère-maire, retrouver son corps après une grossesse, allaiter et être féministe, comment recréer des liens, des « coopératives » entre familles au XXIème siècle, le vécu d’une grossesse du côté des papas…)
Vous pouvez réagir à ces trois textes dans le forum.
Voici quelques propositions de réflexions :
1) Dans quelles circonstances est-ce que je me sens proche des femmes que cite Elisabeth Badinter ? Qu’est-ce que je ressens alors (inquiétude, colère, tristesse, solitude…) ? Quels sont mes aspirations, mes besoins personnels ?
2) De quelles ressources essentielles ont bénéficié Sylvie et André ? Ces parents se sont-ils occupés seuls « sans répit et sept jours sur sept et trois cent soixante-cinq jours par an » de leur enfant porteur de handicap ?
3) A partir du texte de Thomas d’Ansembourg, quelles solutions puis-je trouver, quelle troisième voie personnelle puis-je empreinter ?
4) Comment puis-je, moi-même, servir de soutien aux femmes qui deviennent ou vont devenir mères ? Comment puis-je, moi-même, servir de soutien aux pères qui deviennent ou vont devenir pères ?
5) Que ressentez-vous en premier en présence d’un nouveau-né ? Que ressentez-vous en premier en présence d’une personne porteur de handicap ?
Considérez-vous le nouveau-né comme un handicapé ou comme une personne avec de nombreuses compétences ? Percevez-vous d’abord chez l’adulte/l’adolescent avec handicap une personne ou son handicap ? Percevez-vous l’enfant porteur de handicap comme étant d’abord un enfant, une personne comme une autre ? …
6) L’adulte « normal » doit-il et peut-il toujours se suffire à lui-même, être indépendant, performant dans tous les domaines, « libre » ? …. Est-ce que j’accepte de ne pas pouvoir être excellent dans tous les domaines à la fois : être un parent toujours attentionné, poursuivre une carrière professionnelle modèle, être un conjoint toujours disponible…
7) Que nous apprennent les enfants handicapés ?